Le portage salarial et la micro-entreprise (auto-entrepreneur) sont les deux statuts les plus populaires pour les indépendants français qui souhaitent exercer une activité de service sans créer de société. Mais leur philosophie est radicalement différente : l'auto-entrepreneur choisit la simplicité et la liberté totale, le salarié porté choisit la protection sociale et la sécurité. Ce guide vous donne tous les éléments concrets — dont une simulation chiffrée pour un CA de 60 000 € — pour faire le bon choix selon votre profil.

Tableau comparatif complet portage salarial vs auto-entrepreneur

Critère Auto-entrepreneur Portage salarial
Statut juridique Travailleur indépendant Salarié de la société de portage
Charges sur CA brut 21,2 % à 25,6 % 45 à 55 % (charges totales)
Frais de gestion 0 € 7 à 12 % du CA facturé
Assurance chômage (ARE) Non Oui (France Travail)
Retraite Limitée (base CA déclaré) Régime général salarié
Arrêt maladie Indemnités après 1 an, plafonnées Régime général (dès le 4e jour)
TVA Franchise sous seuils Gérée par la société de portage
Plafond de CA 77 700 € (services) Aucun plafond
Création / entrée Gratuite, en ligne en 30 min Contrat avec la société de portage
Comptabilité Livre de recettes uniquement Gérée par la société de portage

Simulation chiffrée : 60 000 € de CA, combien reste-t-il en net ?

Pour rendre la comparaison concrète, voici une simulation pour un consultant en prestations de services avec un chiffre d'affaires annuel de 60 000 €.

En auto-entrepreneur (taux 21,2 %)

  • Chiffre d'affaires brut : 60 000 €
  • Cotisations URSSAF (21,2 %) : - 12 720 €
  • CFP (0,2 %) : - 120 €
  • Impôt sur le revenu (variable selon situation) : estimation - 5 000 à 8 000 €
  • Revenu net disponible estimé : 39 000 à 42 000 €

Note : en auto-entrepreneur, vous ne pouvez pas déduire vos frais professionnels réels. L'abattement forfaitaire de 50 % pour les services est appliqué uniquement pour le calcul de l'impôt sur le revenu, pas pour les cotisations.

En portage salarial (frais de gestion 8 %, charges totales 47 %)

  • Chiffre d'affaires facturé : 60 000 €
  • Frais de gestion de la société de portage (8 %) : - 4 800 €
  • Base de salaire brut : 55 200 €
  • Charges patronales + salariales (environ 47 % du brut) : - 25 944 €
  • Salaire net avant impôt : ≈ 29 256 €
  • Impôt sur le revenu (variable) : estimation - 4 000 à 6 000 €
  • Revenu net disponible estimé : 23 000 à 25 000 €

Le différentiel est significatif : pour un même CA de 60 000 €, l'auto-entrepreneur conserve environ 15 000 à 17 000 € de plus par an qu'un salarié porté. En contrepartie, il renonce à l'assurance chômage, à une retraite complète et à certaines protections sociales.

Quand choisir le portage salarial ?

Le portage salarial est particulièrement adapté dans les situations suivantes :

  • Vous venez de quitter un CDI et souhaitez conserver vos droits à l'ARE (allocation chômage) tout en testant une activité indépendante. Le portage permet de cumuler ARE et revenus d'activité sous certaines conditions.
  • Votre client exige un contrat de travail ou une fiche de paie : certaines entreprises (notamment dans les grands groupes ou le secteur public) refusent de contractualiser avec des auto-entrepreneurs et imposent le recours à une société de portage.
  • Votre TJM est supérieur à 350–400 €/jour : les frais de gestion du portage (7–12 %) deviennent moins pénalisants quand les revenus sont élevés, et la protection sociale supplémentaire devient plus précieuse.
  • Vous souhaitez une protection sociale maximale : accès complet au régime général de Sécurité Sociale, cotisation retraite comme un salarié, droits à la formation plus étendus.
  • Vous testez une activité avant de créer votre propre structure : le portage offre une transition sans engagement lourd.

Quand choisir l'auto-entrepreneur ?

La micro-entreprise reste le statut idéal dans les cas suivants :

  • Vous voulez démarrer immédiatement et gratuitement : l'inscription sur guichet-entreprises.fr prend moins de 30 minutes, il n'y a aucun frais de création ni de gestion.
  • Votre chiffre d'affaires est inférieur aux plafonds : 77 700 € pour les services, 188 700 € pour la vente. Tant que vous restez sous ces seuils, le régime micro est imbattable en simplicité.
  • Vous exercez en complément d'un emploi salarié : la micro-entreprise est parfaitement compatible avec un CDI à temps plein. C'est souvent le premier pas vers le freelancing à temps plein.
  • Vous êtes couvert par ailleurs (conjoint salarié, régime étudiant, etc.) et la protection sociale supplémentaire du portage n'est pas une priorité.
  • Vous êtes à la retraite et souhaitez reprendre une activité : la micro-entreprise est le statut le plus simple pour un cumul emploi-retraite.

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Transition portage salarial vers auto-entrepreneur : comment faire ?

La transition du portage salarial vers la micro-entreprise est relativement simple, mais elle nécessite quelques précautions :

  1. Vérifiez votre contrat de portage : un préavis de 1 à 3 mois est souvent prévu. Respectez-le pour éviter des pénalités.
  2. Créez votre micro-entreprise en amont : sur guichet-entreprises.fr, la création est effective en 24–72 heures. Vous pouvez créer votre auto-entreprise avant même d'avoir terminé votre contrat de portage.
  3. Prévenez vos clients : informez-les du changement de structure contractuelle. La facturation passera de la société de portage à votre propre numéro SIRET.
  4. Vérifiez vos droits à la formation : les droits CPF acquis pendant le portage restent sur votre compte et sont utilisables après la transition.
  5. Anticipez la perte de l'ARE : si vous bénéficiez encore de l'allocation chômage en portage, son versement s'arrêtera ou sera réduit dès que vous déclarerez un CA en micro-entreprise.

Questions fréquentes : portage salarial vs auto-entrepreneur

Peut-on cumuler portage salarial et auto-entrepreneur simultanément ?
Oui, c'est légalement possible. Vous pouvez être salarié porté pour certaines missions (grands comptes qui l'exigent) et auto-entrepreneur pour d'autres (clients particuliers ou PME). Veillez cependant à déclarer correctement vos revenus des deux sources et à ne pas dépasser les plafonds de la micro-entreprise. La gestion comptable et sociale est plus complexe mais certains freelances utilisent effectivement les deux statuts en parallèle.
Le portage salarial permet-il vraiment de percevoir l'ARE en même temps qu'une activité ?
Oui, sous conditions. Si vous percevez l'ARE et que vous créez ou reprenez une activité en portage salarial, France Travail peut maintenir une partie de vos allocations selon le principe du "différé chômage partiel". Le calcul est complexe : l'ARE est réduite d'un montant proportionnel au salaire perçu en portage. Il faut déclarer chaque mois vos revenus d'activité à France Travail. Cette possibilité n'existe pas de la même façon en auto-entrepreneur — les règles de cumul ARE/micro-entreprise sont différentes et souvent moins favorables.
Quels sont les frais réels du portage salarial sur une année ?
Pour un CA annuel de 60 000 €, les frais se décomposent ainsi : frais de gestion de la société de portage (8 % en moyenne) = 4 800 €, charges patronales (environ 33 % du brut) ≈ 18 000 €, charges salariales (environ 14 % du brut) ≈ 7 700 €. Total prélevé : environ 30 500 €, soit 50,8 % du CA. En comparaison, l'auto-entrepreneur paie 21,2 % de cotisations sociales, soit 12 720 € pour le même CA. La différence représente près de 18 000 € par an — c'est le "prix" de la protection sociale complète du portage.
L'auto-entrepreneur cotise-t-il pour sa retraite ?
Oui, mais de façon moins favorable que le salarié. Les cotisations URSSAF de l'auto-entrepreneur incluent une part pour la retraite de base et la retraite complémentaire. Cependant, le montant cotisé dépend directement du CA déclaré et les trimestres validés sont souvent inférieurs à ceux d'un salarié à plein temps. Pour compenser, de nombreux auto-entrepreneurs souscrivent un plan d'épargne retraite (PER) individuel, dont les versements sont déductibles du revenu imposable. Consultez notre guide retraite auto-entrepreneur pour comprendre le calcul de vos trimestres.